TERRITOIRE
Diaspora Interne (Migration Intra Côte d’Ivoire)

La migration interne est un phénomène ancien et structurant pour le peuple Baoulé, profondément lié à leur histoire et à leurs impératifs économiques. Depuis leur installation initiale dans la zone décrite comme le « V » Baoulé après l’exode de l’Ashanti, les Baoulé ont entrepris divers mouvements migratoires à l’intérieur et à l’extérieur de leur pays d’origine. Ces déplacements ont été motivés par la recherche de terres fertiles, de biens précieux et l’amélioration des conditions de vie, notamment avec l’introduction et le développement des cultures de rente comme le café et le cacao.
Facteurs et Motivations de la Migration Baoulé
Plusieurs facteurs expliquent la mobilité des populations Baoulé :
- Pénurie de terres et problèmes agricoles : La saturation foncière dans les zones forestières du centre et les conditions moins favorables des savanes ont poussé les agriculteurs Baoulé à chercher de nouvelles terres pour les cultures de rente.
- Attractivité des zones forestières : Les régions forestières, idéales pour la culture du café et du cacao, ont attiré de nombreux migrants cherchant à créer leurs propres exploitations ou à travailler comme main-d’œuvre agricole.
- Impératifs démographiques et politiques publiques : Le Sud-Ouest ivoirien, vaste et peu peuplé, a été encouragé par le gouvernement à l’immigration volontaire pour sa mise en valeur. La nouvelle de terres vierges et disponibles a accéléré l’immigration Baoulé. Un mouvement organisé a également eu lieu pour la réinstallation des populations déplacées par le barrage de Kossou.
Destinations Principales et Caractéristiques des Migrants
Les migrants Baoulé se sont dirigés vers diverses régions du pays. Outre le Sud-Ouest (San-Pédro, Soubré, Divo), la « Boucle du Cacao » (Dimbokro, Daoukro, Bongouanou) a été une destination importante, bien qu’elle soit devenue une région d’émigration à mesure que ses terres s’épuisaient.
Les populations migrantes sont majoritairement jeunes (51,6% de moins de 15 ans et 43% de 15 à 49 ans), avec une prédominance d’hommes jeunes et actifs. La majorité (77% à 88%) sont des agriculteurs, souvent avec un nombre élevé d’aides familiaux, principalement des jeunes filles. La scolarisation n’est pas une motivation majeure, et un taux important d’enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas, reflétant parfois les conceptions traditionnelles du rôle social de la femme.
Implications Socio-économiques de la Migration
La migration a des implications profondes tant pour les migrants que pour les régions d’accueil :
- Implantation et organisation sociale : Les migrants s’installent en créant des campements, le premier occupant devenant souvent le chef du village, une pratique différente du milieu d’origine. Ils tentent de maintenir leurs structures sociales, mais les nouvelles conditions de vie peuvent entraîner des conflits internes. Les regroupements se font souvent sur la base de l’appartenance ethno-culturelle, reproduisant les schémas des villages de départ.
- Acquisition des terres : Le don de terres est le mode d’acquisition le plus courant (73% à 91%), suivi de l’achat. Cependant, l’acquisition par des allochtones a conduit à une perte de contrôle des autochtones sur leurs terres, générant des tensions.
- Relations avec le village d’origine : Les migrants maintiennent des liens constants avec leur village d’origine par le recrutement de main-d’œuvre, la participation aux cérémonies et l’aide financière, ce qui leur confère un prestige social.
- Impact sur l’économie locale : Le retour des anciens migrants dans leurs villages d’origine, combiné à des opportunités économiques comme le marché de gros de Bouaké et la disponibilité de terres de bas-fonds, a orienté l’agriculture Baoulé vers une économie marchande, avec le développement du maraîchage, de la riziculture, de l’anacarde et de l’arachide. Ces nouvelles activités se sont avérées plus rémunératrices que le travail saisonnier en zone forestière.
Défis et Dynamiques d’Intégration
Les relations entre les migrants Baoulé et les populations autochtones dans les zones d’accueil sont souvent limitées et tendues, se résumant à des interactions de type acheteur-vendeur. Les Baoulé considèrent que l’achat de terres éteint toute obligation, tandis que les autochtones attendent des prestations continues. Cette divergence de conception sur la propriété foncière est une source de conflits permanents, se traduisant par des habitats séparés et des litiges sur les limites des terres.
L’installation anarchique des migrants, ignorant les pratiques foncières locales, a été identifiée comme une source de confrontation et a même conduit à des installations clandestines dans des parcs nationaux, menaçant la forêt ivoirienne. La passivité des Baoulé dans le développement des régions d’accueil est également une observation, souvent expliquée par la crainte d’être expulsés de ces terres. Ces dynamiques complexes soulignent la nécessité d’adapter la législation foncière aux réalités coutumières pour favoriser une meilleure intégration et un développement rural harmonieux.




