đïž Hommage Ă mon pĂšre, Konan Dominique Koffi
Par Alexandre Tano Kan Koffi â Pour www.Baoule.ci
Au cĆur du pays baoulĂ©, dans le paisible village dâAmankro, est nĂ© un homme dont la vie fut une leçon silencieuse de grandeur : Konan Dominique Koffi â ou Koffi Konan Dominique, comme le veut notre tradition baoulĂ©, qui place fiĂšrement le nom de famille en premier.
Cet homme était mon pÚre.
Il nâĂ©tait pas un chef traditionnel, ni un homme de pouvoir, ni une cĂ©lĂ©britĂ©. Et pourtant, son nom mĂ©rite dâĂȘtre honorĂ©, car il a incarnĂ© lâessence mĂȘme de ce que signifie ĂȘtre un homme baoulĂ© : digne, intĂšgre, travailleur, profondĂ©ment enracinĂ© dans sa terre et dans ses valeurs.
đ Un enseignant au service du peuple
Mon pĂšre Ă©tait instituteur. Il a enseignĂ© avec passion et abnĂ©gation dans des localitĂ©s parfois oubliĂ©es : dans la rĂ©gion gouro de Zuenoula, dans les villages baoulĂ©s dâEttrokro et dâAllokokro, et enfin Ă Daoukro, oĂč jâai eu lâhonneur dâĂȘtre son Ă©lĂšve en classe de CE1, Ă lâĂ©cole HĂŽpital.
Partout oĂč il passait, il semait les graines de la connaissance, de la discipline et de la bontĂ©. Il a formĂ© des gĂ©nĂ©rations dâenfants, leur donnant les outils pour croire en eux-mĂȘmes et bĂątir un avenir. Il ne cherchait ni rĂ©compense, ni reconnaissance. Ce qui lâanimait, câĂ©tait le devoir, le sens du bien, et la conviction que chaque enfant mĂ©ritait dâapprendre.
đĄ Un homme dâAmankro, fidĂšle Ă sa terre natale
Bien quâil ait travaillĂ© dans plusieurs rĂ©gions, Amankro nâa jamais quittĂ© son cĆur. Il y revenait toujours, avec simplicitĂ©, avec amour. Câest lĂ quâil retrouvait ses racines, sa langue, sa famille, ses souvenirs. Il parlait souvent du village, de ses collines, de ses cases, de ses ancĂȘtres. Il ne rĂȘvait pas de grandes villes ou de gloire. Son attachement Ă la terre baoulĂ© Ă©tait sincĂšre, profond, vivant.
Il incarnait cette gĂ©nĂ©ration dâhommes pour qui la parole donnĂ©e vaut serment, pour qui la modestie est une noblesse, pour qui lâhonneur du nom de famille est sacrĂ©.
đ Un esprit Ă©clairĂ© et une bibliothĂšque vivante
Mon pĂšre aimait lire. PassionnĂ©ment. Il lisait tout ce qui lui tombait sous la main, avec une curiositĂ© insatiable. Il avait constituĂ© une bibliothĂšque remarquable pour un instituteur de village. Cette bibliothĂšque, il me lâa transmise trĂšs tĂŽt. Ce fut son plus beau cadeau.
Câest grĂące Ă lui que jâai compris que le savoir est une richesse silencieuse. Quâun enfant dâAmankro peut rĂȘver, rĂ©flĂ©chir, inventer, construire. Il nâa jamais levĂ© la voix pour sâimposer, mais ses livres, ses gestes, son regard calme parlaient pour lui.
đł Un hĂ©ritage vivant
Aujourdâhui encore, dans chaque dĂ©cision importante que je prends, je me demande ce que mon pĂšre aurait dit. Il nâest plus lĂ , mais sa voix mâhabite. Sa maniĂšre dâaimer, de croire en la dignitĂ© des autres, de faire les choses bien mĂȘme quand personne ne regarde â tout cela vit en moi, et je le transmets Ă mon tour.
Mon pĂšre sâappelait Konan Dominique Koffi. Il Ă©tait instituteur, chrĂ©tien, pĂšre de famille, fils dâAmankro, et homme baoulĂ© dans toute sa noblesse.
Ă toi, Papa :
Tu nâas pas eu de statue, ni de mĂ©daille. Mais tu restes pour moi un monument.
Ton nom est gravĂ© dans le cĆur de ceux qui tâont connu, respectĂ©, aimĂ©.
Et Ă travers cet hommage, je fais rĂ©sonner ta mĂ©moire au-delĂ dâAmankro, dans tout le pays baoulĂ© et bien au-delĂ .