Les Contes de Tano Kan
Conte VII — La tortue qui arriva avant tous

🔊 Ouverture rituelle
Bé flè mi Tano Kan.
🐢 L’image fondatrice
La route était longue.
Elle serpentait entre les champs et la forêt,
sans promesse d’ombre
ni certitude d’arrivée.
Au bord du chemin,
une tortue avançait.
🌘 Le conte
Dans un village baoulé,
les hommes parlaient souvent de vitesse.
— Celui qui va vite réussit.
— Celui qui hésite reste derrière.
— Le temps n’attend personne.
Un jour, une grande rencontre fut annoncée
dans un village lointain.
Tous décidèrent de partir tôt,
mais surtout de partir vite.
Ils prirent les raccourcis.
Ils coururent.
Ils se dépassèrent.
Au lever du soleil,
la tortue quitta le village.
Elle ne courait pas.
Elle ne cherchait pas à rattraper.
Elle avançait.
À mi-chemin,
les hommes fatigués s’arrêtèrent.
Certains se disputèrent.
D’autres rebroussèrent chemin.
La tortue continua.
Quand la nuit tomba,
elle s’arrêta.
Quand le jour revint,
elle repartit.
À l’aube du troisième jour,
la tortue entra dans le village de la rencontre.
Elle n’était pas la plus rapide.
Mais elle était la première arrivée.
🪶 Le proverbe
Celui qui connaît sa route
n’a pas besoin de courir.
Le temps marche avec lui.
🧠 Lecture philosophique
Dans la pensée baoulé,
le temps n’est pas un ennemi.
Il est un compagnon.
La tortue symbolise
la constance lucide,
celle qui ne se laisse pas distraire
par la comparaison.
Celui qui va vite
se fatigue à se mesurer.
Celui qui avance juste
arrive sans bruit.
La sagesse n’est pas dans la hâte,
mais dans la fidélité
à son propre rythme.
🌘 Clôture
Depuis ce jour,
quand un homme se vante d’aller vite,
les anciens sourient.
Ils regardent la route,
puis disent :
— Nous verrons qui arrive.
🪶 Ainsi parle Tano Kan.




